 |
|
Compagnie
La Traverscène |
|
|
|
 |
|
|
 |
DESCRIPTIF
Une petite fille et
ses
parents s’apprêtent à partir en
vacances à la neige. Sur le chemin, ils
s’arrêteront chez la grand-mère qui vit
seule au bas de la montagne : ils l’emmèneront
dans sa future maison de retraite.
Mais quand ils arrivent, elle a changé d’avis.
Après Les contes de la petite fille moche,
Océane
nous invite à découvrir, dans un voyage entre
rêve et réalité, la famille
d’où elle vient.
Cette pièce de théâtre reprend le
personnage d’Océane, des Contes de la petite fille
moche. C’est la même
équipe qui se
retrouve pour travailler sur cette nouvelle création de la
compagnie La Traverscène, avec
l’arrivée de deux nouveaux comédiens.
A nouveau en jeu masqué, cette pièce alternera
entre des scènes de la vie quotidienne et des bascules
oniriques où les spectateurs pourront découvrir
les personnages d’une manière plus
poétique.
Durée : une heure
Public : adultes et enfants à partir de 10 ans
Texte de Julien
Daillère. |

|
Une lecture du texte inachevé, alors
en cours
d'écriture, a été proposée
en entrée libre au cours du mois d'octobre 2008 au
Théâtre Daniel Sorano à Vincennes.
Ce premier travail de mise en lecture avec les comédiens,
tout comme l'échange avec le public, ont permis de guider
l'équipe dans la poursuite de ce travail.
La création se fera fin 2010, en coproduction avec le
Théâtre Daniel Sorano de Vincennes pour une
série de trente représentations.
Le projet bénéficie également de
l'aide à la création
théâtrale du Conseil général
du Val-de-Marne et de l'aide d'Arcadi dans le cadre des Plateaux
Solidaires.
|
|
#
retour haut de
page # |
NOTE D'INTENTION DE
L'AUTEUR
Au départ, il
y a cette phrase : « Je ne suis pas ta chose »,
écrite sans ponctuation sur une feuille. Je
l’entends alors comme un cri d’enfant à
sa mère, un refus de lui appartenir. J’ai envie de
parler de ça, de cette confrontation dès
l’enfance à l’aliénation par
un plus grand, un plus fort.
Pour cet enfant, je rappelle Océane, la petite fille moche
de ma pièce précédente. Un peu plus
âgée, disons dix ou onze ans. Et ses parents. Je
commence à les écouter se parler, se disputer et
finalement s’arranger.
Une question se pose : Qui est la
chose de qui ?
En fait, chacun est tour à tour la chose de
l’autre. Tout tourne en rond, en vase clos. C’est
une image intéressante mais je ne trouve pas de quoi en
faire une pièce.
C’est alors qu’elle arrive, cette
grand-mère, avec ses airs guillerets et ses pertes de
mémoire. Et elle a tout fait basculer. Jusque là,
l’équilibre tordu de cette petite famille montrait
encore patte blanche. Les disputes n’avaient en surface que
des enjeux anodins : le choix d’une robe, une assiette
à finir… Chacun essaie bien de faire de
l’autre sa chose à sa manière mais
à chaque fois, il y a ce refus, ce sursaut de vie du
« Je ne suis pas ta chose » et un renversement des
rôles.
Et puis la voilà, elle, la grand-mère qui met sa
mort dans la balance. La roue va s’arrêter de
tourner, la grand-mère pourrait bien devenir la Chose par
excellence. Et là on ne rigole plus.
Julien Daillère
|
 |
|
#
retour haut de page # |
NOTE D'INTENTION / METTEUR EN SCENE
"Je ne suis pas ta chose"… On mesure
déjà
la brutalité du propos tenu ici sur la famille.
Pourtant le texte est fluide, l’action, quotidienne.
L’enjeu est presque "naturel" dans nos
sociétés : emmener Mamie en maison de retraite.
Paradoxe entre texte et sujet ?
Pas tant que ça… Car à lire de plus
près, on distingue des moments bien étranges dans
l’écriture : des échanges qui
dérapent, l’inquiétant climat nocturne
d’une voiture, le drôle de rêve
d’une petite fille, ce paysage de neige où elle se
couche, finalement…
"Je ne suis pas ta chose", c’est
peut-être le faible cri d’une enfant qui pressent
le danger au sein de sa famille "si tranquille".
Je tente… Déplier ce texte comme on
déplierait un cerveau humain…. Trois espaces
poreux, qui se déchirent le pouvoir :
• L’espace narratif
de
l’enfant – le début et la fin,
la
scène de la voiture - elle observe les adultes, elle raconte
et élabore son histoire… ce serait le MOI,
conscience narrative de la petite fille : c’est
l’auteur lui-même qui sculpte depuis sa propre
histoire.
• L’espace quotidien
des appartements, échanges proprets où
chacun
retient son inquiétude et sa colère…
je l’appellerai SURMOI, lieu social, policé,
apparemment tranquille - sous haute tension.
• L’espace
poétique des "crises", quand les corps
fusionnent, quand le dialogue devient monologue à plusieurs
bouches, sans queue ni tête. Il serait le
ÇA, lieu des pulsions, des fusions, magma de la
pensée nocturne et onirique, moments de "folie"
poétique hésitant entre
rêve et réalité.
Mon travail consisterait à éclairer ces trois
espaces, les articuler, donner à voir ce mouvement
poétique entre réalité et
rêve-cauchemar, entre retenue et pulsion, donner à
sentir cette lutte à mort qui ne peut se résoudre
que dans la narration de
l’écrivain-Océane.
L’espace des crises serait marin, flou, inquiétant
et magnifique, travail des corps, de la lumière, comme une
peinture vivante, les êtres-poissons, colorés et
mouvants, les carcasses abandonnées, l’eau sombre,
mortelle et très douce.
L’espace de la narration serait cinématographique.
Un film dans le théâtre. Témoignage de
l’enfant qui construit sa propre fiction. L’image
renvoie le public à sa posture de témoin.
Le rectangle de la toile apparaîtra trois fois:
Océane dans une cabine "photomaton",
le pare-brise de la voiture, le paysage de neige où elle se
couche.
Ces moments filmés : une respiration dans le
théâtre, un souffle entre la folie des
séquences oniriques et la tension des scènes
d’appartement.
Enfin, les demi-masques. Ils seront nécessaires pour lisser
les traits. Car la famille d’Océane est
"parfaitement normale", "esthétique". Une famille
"Ricorée" qui implose sans faire
d’histoires. Parfaite et monstrueuse. On choisirait des
demi-masques de silicone légèrement
colorés, juste assez pour créer le doute et la
distance.
En somme, il s’agirait de profiter de ce texte trouble pour
concevoir un spectacle poétique, corporel, musical.
Merveilleux comme un conte. Monstrueux comme un conte.
Patricia Koseleff
|
|
#
retour haut de
page # |
RESUME
Tableau 1 : Le départ
Océane est une fillette d’une dizaine
d’années. Elle s’apprête
à partir en vacances à la neige avec ses parents,
Bernard et Monique. La petite famille fait ses bagages et
Océane, comme à son habitude, va et vient entre
son père et sa mère, les détournant
sans cesse de leurs activités en attirant
l’attention sur elle. Aujourd’hui, ses parents sont
plus préoccupés qu’à
l’habitude et, même s’ils n’en
parlent guère, ils pensent à la même
chose : la grand-mère. Son fils et sa belle-fille
l’ont finalement convaincue : elle doit entrer en maison de
retraite. Alors, sur le chemin des vacances, ils
s’arrêteront chez elle, au bas de la montagne, pour
procéder au déménagement. Mais les
doutes et la culpabilité se font de plus en plus pesants.
Autour d’une valise qui n’en finit pas de se faire
et se défaire, la tension monte. Et quand Océane
insiste pour emporter sa robe d’été
préférée contre la volonté
de sa mère, c’en est trop : la dispute
éclate dans un duel fusionnel entre mère et
fille. Le père s’inquiète : il est
l'heure de partir.
Tableau 2 : L'aller
Dans la voiture, Océane s'endort rapidement tandis que
Bernard et Monique essaient de rassembler tous les arguments qui vont
dans leur sens : Claude, la mère de Bernard, ne peut
définitivement pas rester chez elle. La maison de retraite
est la seule solution possible. Leur discussion bascule peu
à peu dans l'absurde jusqu'à un point de tension
qui réveille Océane en plein cauchemar.
Tableau 3 : L'arrivée chez la
grand-mère
Océane part immédiatement jouer dans le grenier.
Claude, la grand-mère, arrive un gâteau
à la main. Elle est toute guillerette. Personne n'ose parler
du déménagement prévu pour le
lendemain. Lorsque Monique part à la recherche
d'Océane, Bernard et Claude continuent à discuter
de tout et de rien jusqu'à ce que Bernard évoque
le départ pour la maison de retraite. Mais Claude a
changé d'avis, elle ne veut plus y aller.
Alors que la discussion tourne à la dispute, Claude fait une
chute sur le sol. Monique revient et constate le désarroi de
Bernard devant sa mère, incapable de se relever, perdant
l'esprit. Il décide finalement de l'emmener à
l'hôpital.
Tableau 4 : Le retour chez la grand-mère
Tard dans la nuit, de retour de l'hôpital où ils
ont laissé la grand-mère, la petite famille est
très éprouvée. Alors
qu'Océane est partie dormir, les parents reviennent sur
cette soirée cauchemardesque. Une dispute éclate.
Océane revient alors vers eux. Elle essaie d'attirer leur
attention, en vain. Tout tourne à ce moment-là
autour de la grand-mère et de la culpabilité des
adultes. Elle n'a aucune prise sur ce qui est en train de se passer.
Elle en est exclue.
Tableau 5 : Le nouveau départ
Alors qu’elle retourne se
coucher, Océane éprouve, peut-être pour
la
première fois, un très fort sentiment de
solitude. C'est un moment charnière pour cette fillette que
les
parents entourent d’habitude d’une attention
permanente et angoissée.
Le lendemain, Océane décide de partir seule pour
marcher dans la neige. Vite rattrapée par ses parents, ce
début d'escapade, comme un avant goût de
liberté, n'en reste pas moins un
événement qui modifiera profondément
le rapport de la fillette avec ses parents. |
|
#
retour haut de
page # |
DATES ET DIFFUSION
Création
fin 2010
Les représentations de Je ne
suis
pas ta chose auront lieu du 20 novembre au 23
décembre 2010 au Théâtre Daniel Sorano
de
Vincennes
(94) pour une série de 30 représentations.
Dates et infos pratiques dans la rubrique ACTUS de ce site.
Diffusion :
Les professionnels souhaitant programmer cette pièce ou
s'associer à sa création sont
invités à contacter Laurence Santini.
|
|
#
retour haut de
page # |
LE
TEXTE
Tableau 1 : Extrait
[...]
Monique reprend le rangement de la valise.
Océane revient avec sa robe jaune roulée sous le
bras et une poupée à la coiffure farfelue.
OCÉANE
Je peux mettre ma poupée dans la valise ?
MONIQUE, sans lever les yeux
Non, tu ne mets pas ta poupée dans la valise.
OCÉANE
Tu as vu maman ?
MONIQUE, toujours concentrée sur les
vêtements
Quoi, ma chérie ?
OCÉANE
Ma poupée.
MONIQUE, levant les yeux
Et bien dis donc ! Tu lui as fait une sacrée coiffure !
OCÉANE
Tu aimes bien ?
MONIQUE
Ah bah, c’est une coiffure originale.
OCÉANE
Tu voudrais que je te fasse une coiffure comme ça ?
MONIQUE
Pas maintenant, ma chérie.
OCÉANE
Oui, mais un jour ?
MONIQUE
Oui, si tu veux.
OCÉANE
Quand ? Pendant les vacances ?
MONIQUE
Peut-être, oui.
OCÉANE
Chez mamie ?
MONIQUE
Non ! Pas chez mamie...
OCÉANE
Pour les randonnées ?
MONIQUE
Ce n’est pas une coiffure pour marcher en montagne, ma
chérie...
OCÉANE, déçue puis curieuse
Ah... Alors c’est une coiffure pour quoi ?
MONIQUE
Je ne sais pas ma chérie...
OCÉANE
C’est une coiffure pour une fête ?
MONIQUE
Oui, plutôt pour une fête.
OCÉANE
Pour le Réveillon ? Tu voudras que je te coiffe comme
ça pour la soirée du Réveillon ?
MONIQUE
On verra.
OCÉANE
Allez, maman ! Dis oui ! Dis oui !
MONIQUE
Oui, on verra.
OCÉANE, enthousiaste
Ouais !
* * *
Tableau 3 : Extrait
Monique est partie chercher
Océane. Bernard a
discuté un temps de tout et de rien avec sa mère,
Claude. Il en vient à la raison de leur présence
chez elle.
[...]
BERNARD
Ah bah, tant mieux.
Voilà, voilà...
Et pour demain...
CLAUDE, semblant ne pas comprendre
Oui, demain ?
BERNARD
Tu es prête ?
CLAUDE
Oh ! Ecoute, Bernard... Je ne sais pas... Je ne sais pas si
c’est une bonne idée. Je pourrais
peut-être rester encore un peu ici.
BERNARD
Je sais pas...
CLAUDE
Tu connais les Renaud ? Et bien leur mère, ça
fait bien plusieurs années qu’elle a ses petites
pertes de mémoires. Il paraît qu’elle se
débrouille très bien. Elle a pris une petite
aide-ménagère qui vient la voir deux fois par
semaine et qui lui fait ses commissions.
BERNARD
Tu sais, on en a parlé plusieurs fois et...
CLAUDE
Je sais bien.
C’est pas facile de se faire à
l’idée que je vais quitter cette maison, tu
comprends.
BERNARD
Bah oui…
CLAUDE
C’est là qu’on t’a
élevé avec ton père.
S’il était encore là, ça ne
serait pas pareil, c’est sûr…
BERNARD
Maman…
CLAUDE
Ah ! Je trouve ça malheureux de finir ma vie toute seule
dans une maison de vieux.
BERNARD
C’est une résidence, maman, ce n’est
pas…
CLAUDE
Pouah ! On sait tous pourquoi je vais là-bas.
BERNARD
Tu ne peux pas rester ici toute seule !
CLAUDE
Et pourquoi ?
BERNARD
Mais maman, on habite loin, s’il t’arrive quelque
chose…
CLAUDE
S’il m’arrive quoi ?
BERNARD
Bah je sais pas… Tu sais bien que tu as parfois des petits
soucis...
CLAUDE
Tout le monde a des soucis.
BERNARD
Je veux dire... Tes pertes de mémoires, tes...
CLAUDE
Oh ! Arrête avec ça...
BERNARD
Mais maman...
CLAUDE
Je vieillis un peu, c’est tout...
BERNARD
Et puis à ton âge, tu peux faire une
chute…
CLAUDE
Ouh ! Je suis pas encore grabataire, que je sache, hein ?
BERNARD
Mais c’est pas ça…
CLAUDE
Tu me vois déjà un pied dans la tombe !
BERNARD
Maman…
CLAUDE
Ton père serait encore là, paix à son
âme, ça ne se passerait pas comme ça.
BERNARD
C’est mieux comme ça pour tout le monde.
CLAUDE
Parle pour toi !
BERNARD
Mais maman !
CLAUDE
Tu devrais avoir honte d’envoyer ta mère dans un
mouroir.
BERNARD
Ce n’est pas un mouroir !
CLAUDE
Tu crois que c’est quoi ? Je sais bien ce que c’est
ces endroits. On y entre en marchant, on en repart les pieds devant.
Mais bon, c’est comme ça qu’on fait,
maintenant… Je sais bien que je suis un poids pour tout le
monde.
BERNARD
Arrête de dire ça.
CLAUDE
Mais quand je serai morte, tu pourras te reposer, va.
BERNARD
Arrête !
CLAUDE
Et dans un endroit pareil, tu peux être sûr que je
vais pas vivre longtemps. Je tiendrai pas six mois,
là-dedans.
BERNARD
Maman...
Claude, qui allait pour s’asseoir, tombe
brusquement sur le
sol en poussant un cri.
|
|
#
retour haut de
page # |
|
|
#
retour haut de
page # |